La vie continue à Ouagadougou

La chambre à Nac que j'utilise, avec moustiquaire inclu

La chambre à Nac que j'utilise, avec moustiquaire inclu. Les souliers sont les siens - mes choses sont seulement dans le petit tas à droite!

À 6:30, mon portable sonne pour m’aviser qu’il est l’heure du réveil. N’ayant pas tout à fait perdu mes habitudes montréalaises, je pèse sur snooze une – d’accord, deux – fois, pour enfin me mettre debout et émerger de dessous mon moustiquaire. Comme à tous les matins, mon grand frère Tahirou Nacambo (dit Nac, Nakito, Nakor ou Steve) est déjà debout depuis 5:00, heure à laquelle il part faire son jogging matinale, habitude que moi-même je n’arrive toujours pas à prendre. C’est une autre journée qui commence dans la capitale du Burkina Faso et tout comme au Canada, je suis le dernier réveillé du cartier.

Pendant quelques semaines, ce qui suivait était une sorte de course pour me rendre au petit trou extérieur que j’appelle ma toilette – pas de problème à moins d’un orage ! Heureusement, à présent, mes intestins sont sous contrôle (bon, presque sous contrôle). Suite à une douche qui, à moins que l’eau soit chauffée, ne sort pas d’un seau, c’est un petit déjeuner de galettes accompagné de mon anti-palutif (anti-malaria) que j’engouffre rapidement, ou que j’emporte avec moi pour prendre au bureau. Avec mon petit sac sur le dos et mon casque de moto en main, je pars en quête de mon homologue, Tasré Bouda, qui me laisse une place sur le derrière de sa moto.

De telles pancartes, annonçant des bureaux gouvernementaux sont partout à Ouaga

De telles pancartes, annonçant des bureaux gouvernementaux, sont partout à Ouaga

Vingt minutes plus tard, – ou trente, si on part à la recherche parfois difficile de bananes – vers 8 :00, nous arrivons à la Direction générale de la promotion de l’économie rurale (DGPER), où nous travaillons tous les deux au sein de la Direction du développement de l’entreprenariat agricole (DDEA). Une fois à l’intérieur, je partage le bureau avec deux autres collègues de cette même direction, alors que Bouda est dans le bureau d’à côté, réservé au service de la formation et de l’appui conseil aux entreprises agricoles (SFAC) duquel il est le chef et avec lequel je travaille principalement. Pour la plupart, si elle se déroule à la DGPER , ma journée consiste en des rencontres de planification, d’échange ou de révision avec les membres de la SFAC, l’écriture et la révision de documents de projets, d’activités, de termes de référence pour une mission prochaine ou de rapports de mission, l’envoi et la lecture de beaucoup de courriels, et si je suis chanceux une rencontre avec mon directeur… Je passe donc la majorité de mon temps devant mon ordinateur ou en réunion; pas très différent de chez nous quoi, et sans doute pas ce qu’on s’imagine quand on dit travailler pour Ingénieurs sans frontières (ISF) au Burkina Faso!

Bouda à son bureau; on attend toujours après des ordinateurs pour les autres agents.

Bouda à son bureau; on attend toujours après des ordinateurs pour les autres agents.

Léopold Nana, à l'arrière, est Chef du service de la promotion des investissements (SPI). La chemise est que je porte est tout à fait acceptable même en circonstances formelles.

Léopold Nana, à l'arrière, est Chef du service de la promotion des investissements (SPI). La chemise que je porte est tout à fait acceptable même en circonstances formelles.

12 :30, c’est la pause déjeuner, qui ici dure deux heures et demie (!). Comme j’habite trop loin du service (le bureau) pour rentrer, je vais soit chez un collègue (rarement), soit dans un restaurant à proximité (avant souvent, plus maintenant) ou soit que je m’apporte un déjeuner/dîner (tous les jours cette semaine). Cette troisième option me permet de travailler sur des trucs ISFs ou personnels pendant la pause alors que j’ai un accès à internet gratuit et relativement performant. Les autres agents rentrent à 15:00 et la journée continue jusqu’à 17:30, ou dans le cas de Bouda et moi, souvent jusqu’à 18:30.

Si tout va bien, nous évitons un orage en rentrant du service et Bouda me pose chez Nac, où je l’attends pour sortir manger. Après un bref repos devant la télé, – Nac préfère les nouvelles françaises ou le football (soccer) des ligues européennes, mais j’arrive tout de même à voir au moins un peu des nouvelles africaines – j’applique mon chasse-moustique et nous partons vers la Zone des bois, toujours en saluant une personne sur deux sur notre passage. Nous prenons parfois seulement un petit spaghetti ou un petit sandwich, mais normalement nous nous retrouvons chez Marso pour déguster un plat de crudités (selon mon expérience, les meilleures du Burkina!) et une soupe au poisson ou au poulet, et bien sûr échanger quelques insultes entre Marso et Nac (comme elle est Gourmantché et lui Mossi).

Finalement, si je tiens debout, nous allons parfois causer et prendre une bière avec la bande à Nac au maquis de Bernadet, ce qu’ils semblent faire à tous les soirs. Si, par contre, je suis abattu – ce qui est souvent le cas, même à 21:00 – nous passons seulement dire bonsoir. Nac, lui, ressortira, mais moi, après peut être une heure ou deux de plus durant laquelle je regarde un peu de télé, je travaille bilfou bilfou (c’est-à-dire un peu un peu, écriture phonétique uniquement) ou je vous écrit mon prochain billet, je vais me réfugier sous mon moustiquaire et en face de mon ventilo où, si mon ventre coopère, je serai jusqu’au lendemain!

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Si vous trouvez que je pourrais aussi bien être en train de décrire un jour au Burkina qu’un jour à Montréal, alors je vous donne raison. Quand on s’habitue à un monde différent, alors les choses qui ressortent pour nous ne sont plus les mêmes. De plus, comme je suis dans une grande ville, les différences visibles sont moindres ; après un certain temps elles ne se remarquent plus vraiment. À présent, ce qui continue de me frapper ce sont les mentalités des gens, les réalités économiques, les structures sociales, la gouvernance du pays… Toutefois, si vous vous imaginez un peu trop ma vie se dérouler comme si c’était à Montréal, alors je vous propose un exercice : repassez à travers le billet, mais cette fois ajoutez dans votre image mentale les aspects suivants (malheureusement, je n’ai pas toutes les photos, beaucoup de fois je suis en moto alors c’est plutôt difficile !) :

D’abord, la circulation, elle ressemble à ça…

Une intersection majeure à quelques pas de chez moi

L'intersection des boulevards Charles-de-Gaulle et circulaire, à quelques pas de chez moi.

La "route" en avant de chez nous

La "route" en avant de chez nous

… et quand vous imaginez une petite route goudronnée, enlevez d’abord le goudron, et ensuite transformez là en ce que vous voyez à droite.

… ou alors quand vous imaginez une grosse route goudronnée, conservez le goudron mais enlevez les voies, ajoutez des véhicules à contre-sens, et surtout ajoutez des nids d’autruche (si vous pensez qu’on a des problèmes de nids de poule à Montréal, dîtes-vous bien que si la moto cogne un trou ici alors elle n’en sort pas !)

Par ailleurs, si vous vous sentez un peu tout seul, il n’y a pas de problème : un vendeur de puces/crédit téléphoniques sera absolument près à vous tenir compagnie.

Si, toutefois, vous recherchez la solitude, quand vous voulez aller à la toilette, c’est ici:

Manque de confort peut être, mais c'est pas mal efficace!

(bon, au bureau c’est avec chasse mais le reste du temps…)

… et dans la chambre gare aux petits lézards!

Autrement, à chaque fois que vous entendez parler quelqu’un d’un rhume, ici, on parle de malaria. Vous pensez peut être que j’exaggère, mais dans les 3 dernières semaines, Nac, Bouda et sa femme ont tous eu le palu, sans même manquer plus d’un après-midi au service.

De retour sur la route, remplacez les signes ‘bébés à bord’ sur les pare-brises arrières du Québec par des femmes qui transportent leur bébé en bandoulière quand ils sortent en moto !

Par contre, si vous entendez des sons de ce que vous croyez être un bébé alors que vous circulez, c’est probablement plutôt quelqu’un qui transporte une douzaine de petits agneaux sur le derrière de sa moto ! (Vraiment, ça, ça m’a étonné, même après 6 semaines — mais une photo était impossible à prendre sans risquer de mettre mon casque à l’épreuve)

… et si, malgré tout, votre image mentale est beaucoup trop occidentale à votre goût, ajoutez toujours un âne. Que ce soit sur une autoroute, une ruelle ou en avant de chez soi, même au coeur de la ville on ne peut pas passer un jour sans voir un âne ; ce matin en arrivant au service j’en ai vu sept. Ils tirent les chariots des petits commerçants, ils se promènent sur les côtés des routes en quête de nourriture, ils traversent à l’intersection comme tout autre véhicule,  ils traînent nonchalamment dans le terre-plein au milieu de la voie…

J'ai manqué de prendre une bien meilleure photo d'un âne qui bloquait le traffic à une intersection majeure ce matin.

J'ai manqué de prendre une bien meilleure photo d'un âne qui bloquait le traffic à une intersection majeure ce matin - désolé!

Moi, en tout cas, je n’ai jamais vu un âne se balader à Montréal!

À bientôt — je ne vous ferai pas attendre aussi longtemps pour le prochain billet cette fois!

Dana

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About dbgiacobbi

I am a volunteer with Engineers Without Borders Canada, spending 10 months in Burkina Faso. I work with an agricultural college (Centre Agricole Polyvalent de Matourkou) and a rural development engineering school (l'Institut du Développement Rural). My idea of development is helping people in Burkina Faso Achieve their potential follow their own vision for themselves, for their school and for their country.
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6 Responses to La vie continue à Ouagadougou

  1. Bruno Marc-Aurèle says:

    J’adore la façon dont tu nous aide à reconstruire notre image mentale avec quelques photos. “Lâche pas la patate”, il est excellent ce blogue.

    Bruno!
    P.S.: Épique la chemise.

  2. Allison says:

    Dana, it is true that there are no donkeys (or at least non-human donkeys) holding up traffic here. However, before your time, I encountered a renegade cow on Queen Blvd that escaped the slaughterhouse that is now Costco on the island side of the Victoria bridge. No true comparison, I am sure but I’m a stickler for details. 🙂

    • dbgiacobbi says:

      Hehe, that’s something, to be sure! I see oxen (not cows so much, I think the ratio is kind of the reverse of our own) in the streets a lot too (at least once a week), just not as often as the donkeys. Instead of duck crossings it’s oxen-crossings, and between them and the motorcycle, they have the upper hand, so you let them go by.

  3. Ed-Thom-Lay says:

    Salut Dana,
    On est aller voir ton blogue quelques fois ce soir. On regardais le dernier match préparatoire des canadiens chez Thomas. On a essayé de te rejoindre sur ton cell la semaine passée pour savoir si tu voulais faire le pool avec nous, mais ça répondait pas. En passant, est-ce que tu as entendu parler des mineurs du Chili qui sont pris dans une mine depuis environ 2 mois… toute une histoire. Ed te fait dire qu’il va t’envoyer de nouvelles chemises pour tes prochaines photos, Thomas te fait dire qu’on t’attends pour une game de diplomacy qu’on devrait commencer dans…. environ 2 heures (il est minuit ici). Sinon ici à Montréal il fait froid. Les feuilles commencent à être jaune-rouge. D’ailleurs on voulait avoir ton avis sur qui tu penses qui a raison entre Bellemare ou Charest? Bref, ici, on s’ennuie de toi, et puisqu’on passait une soirée sans toi, on voulait t’inclure dedans, alors on ta envoyé un petit message pour te dire bonjour. Fais attention a toi,

    Thom, Ed et Lay

    P.S. En passant, on mange de la pizza, pis elle est bonne en tabarnack!

    • dbgiacobbi says:

      Salut boys,

      Ça veut dire que c’est vous qui avez rendu mes blog stats incohérents? — j’ai quatre fois plus de visites sur le site le dimanche (il est fixé sur mon heure) que tout autre jour depuis que j’ai mis le blog. En tk, merci de m’inclure dans la soirée même si je dormais profondément!

      Mon cell a eu beaucoup de problèmes et en a encore, mais on dirait que ça va en s’améliorant: plusieurs personnes sont arrivés à me rejoindre du Canada la semaine dernière alors qu’on y arrivait pas les quelques semaines avant. Donc ressayez vous!

      Les mineurs je suis au courant, en fait, je suis pas mal plus les nouvelles ici que quand j’étais au Canada. J’écoute les nouvelles africaines et ensuite françaises, souvent chacun en double.

      Désolé j’ai manqué la game de diplo… il faut me donner 96 heures de pré-avis la prochaine fois. Ed, sans commentaire. Pour Charest/Bellemare, aucune idée de quoi vous parlez. Si c’est du vieux je ne connais pas, et si c’est du nouveau, j’ai aucune idée de ce qui se passe au Québec présentement autre que par vous… Donc, faut m’informer…

      Ok, je viens d’aller voir un peu c’était quoi l’histoire. Peu importe qui dit vrai, tout ce que j’ai à dire c’est que c’est trop drôle vu d’ici. Vive la corruption!

      Oh que ça ne me ferait pas de mal une bonne pizza…

      Merci d’avoir écrit! On se reparle bientôt j’espère.

      Dana

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