Les “vraies réalités” du Burkina Faso

« Une semaine dans un village pour voir les vraies réalités du Burkina Faso… d’accord. Ce sont, effectivement, des réalités. » — M. Boubakar Cissé, Directeur du Développement de l’Entreprenariat Agricole

Si vous me suivez de façon bilingue, vous savez déjà que mon placement se déroulera principalement à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, dans des conditions de vie nettement supérieures à plusieurs de nos volontaires, et avec accès régulier à des ressources luxurieuses, tel internet à portée de main et des toilettes à chasse au bureau. Surtout, ma vie ici sera très détachée de ceux pour qui nous travaillons ultimement, les producteurs de subsistance du Burkina rural. Comme me l’a si bien dit Anne-Marie (voir le lien à droite) lors du bref enchaînement de nos placements « Ouaga, c’est pas le Burkina. »

Ingénieurs sans frontières Canada (ISF) se donne comme mandat de faire entendre les voix des producteurs vivant dans la pauvreté là où elles devraient s’imposer mais en pratique ne se rendent pas. Ce mandat nous conduit autour des tables du gouvernement canadien, pour plaidoyer pour une aide internationale qui bénéficie vraiment les pauvres, tout comme il me conduit dans les bureaux de la Direction du Développement de l’Entreprenariat Agricole (DDEA) au Burkina Faso. Ainsi est-il indispensable de faire quelques pas aux côtés de ces producteurs, si incomplet que cela puisse être pour réellement comprendre leurs défis.

La route de Kayero

La route de Kayero

Mon séjour en village se déroula à Kayero, petite communauté d’environ 2000 habitants située à 15 km au nord-est de Léo (soit, 20 minutes exigeantes roulant sur terre battue endommagée par la pluie à l’arrière d’une moto, portant mon sac-à-dos de voyage en entier). Il n’y a pas d’eau courante ni d’électricité, mais les traces de la coopération internationale survivent tant bien que mal par le billet de puits de forage, d’une école primaire et de services de santé. Kayero est loin d’être le village le plus pauvre du Burkina Faso, mais la population est une de producteursJe n’ai passé que cinq jours à Kayero, faisant de mon expérience une fenêtre bien limitée pour percevoir le monde rural.

Saïdou avec un partie de sa famille

Saïdou avec un partie de sa famille

Pourtant, ces cinq jours seront sans doute les cinq plus importantes de mes 120 au Burkina Faso. À première vue, ce sont bel et bien les images que nous imaginons de la pauvreté: mon hôte, Saïdou Tagnan, vivant d’une agriculture de subsistance subvenant à peine aux besoins de sa famille, sa plus petite fille malade, pour laquelle il arrive difficilement à payer les médicaments, ses deux femmes, Safratou et Zalyssa, travaillant la journée longue, les victimes d’une division traditionnelle des genres apparemment déséquilibrée et injuste, et, finalement, ses enfants, travaillant dans les champs pour compléter les récoltes de la famille. Par-dessus tout, c’est une dépendance sur l’aide extérieur qui semble inébranlable. Celles-ci font effectivement partie des réalités du Burkina rural.

Les plus jeunes de Saïdou récoltent les arachides

Les plus jeunes de Saïdou récoltent les arachides

Saïdou en action sous le manguier

Saïdou en action sous le manguier

Mais celles-ci ne sont pas les seules « vraies réalités » de la pauvreté. Ces réalités sont aussi Saïdou qui commence à mieux maîtriser les techniques agricoles et à augmenter la productivité de son champs. C’est Saïdou qui arrive avec peine, mais qui arrive quand même, à envoyer ses enfants à l’école. Surtout, c’est Saïdou qui commence à mieux s’organiser en rassemblant ses paires en groupement, et à mieux gérer son exploitation pour la tourner vers le marché de façon rentable. C’est sur cette dernière réalité que ISF se penche particulièrement, tentant de catalyser des changements de gérance, de priorité et d’attitude chez les producteurs, leurs organisations paysannes, leurs structures d’encadrement et maintenant le gouvernement pour permettre aux producteurs de se tirer de la pauvreté.

Si vous connaissez ISF, je ne vous apprends rien de neuf avec ce dernier paragraphe. Pour ma part, je l’avais entendu dans toutes ses variantes avec un nom de producteur différent longtemps avant de séjourner dans un village et j’aurais pu sans doute l’écrire sans jamais avoir mis les pieds au Burkina. Mais ce que j’ai découvert à Kayero, c’est que j’y crois vraiment. J’ai vu comment les changements visés par ISF répondront réellement aux défis auxquels fait face Saïdou, et ce d’une façon durable et endogène. J’ai aussi vu comment, à l’encontre de ces changements, un monde économique basée sur l’aide internationale a enraciné l’attentisme. C’est une racine qu’il faut déterrer, malgré que le travail soit encore long.

Je n’ai entrevu qu’une infime fraction de la vie à Kayero, elle-même une infime fraction du monde de la pauvreté. N’ayant donc seulement qu’un autre petit morceau d’un immense casse-tête, deux convictions sont en moi renforcées néanmoins. Dans sa forme actuelle, l’aide internationale perpétue plutôt que n’élimine la pauvreté, en nourrissant la dépendance, en rabattant l’innovation et l’entreprise, et en conservant le pouvoir à la pointe de l’hiérarchie plutôt que chez la population-même du pays ; cette forme doit changer. Pourtant, je crois toujours très fortement qu’il existe un rôle indispensable pour la coopération internationale, et qu’ISF, parmi d’autres, est sur le bon chemin pour déterminer exactement ce que c’est.

Un au revoir pour le Québec de Saïdou Tagnan!

Un au revoir pour le Québec de Saïdou Tagnan!

Prenez soin de vous et je tenterai de faire pareil !

Dana

p.s. Ceci était un aperçu général de l’impact du séjour en village sur mes croyances et mes convictions. Je reviendrai sur certains thèmes plus spécifiques du séjour en plus de détails plus tard, mais je veux votre avis. Quelques idées :

–          Rôle de genres

–          Entreprise des producteurs

–          Au jour le jour

–          Traces d’une ONG

–          Profiles de producteurs/étudiants/femmes

–          Les cultures

–          Mes difficultés personnelles

–          Discussions et mentalités

–          Différences et ressemblances

–          La politique

–          Autres idées ?

Dites-moi ce que vous en pensez !

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About dbgiacobbi

I am a volunteer with Engineers Without Borders Canada, spending 10 months in Burkina Faso. I work with an agricultural college (Centre Agricole Polyvalent de Matourkou) and a rural development engineering school (l'Institut du Développement Rural). My idea of development is helping people in Burkina Faso Achieve their potential follow their own vision for themselves, for their school and for their country.
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4 Responses to Les “vraies réalités” du Burkina Faso

  1. Simon says:

    Salut Dana,

    C’est super de pouvoir te lire. Ta vision des choses nous donne une bonne perspective sur ton expérience jusqu’à présent et sur les réalités du terrain.

    En ce qui me concerne, il me fera plaisir de te lire peu importe ce qui est discuté. Je préfère te laisser choisir de parler de ce qui te frappe le plus ou de ce que tu trouves plus pertinent. Je sais, je suis pas trop utile ici… 😉

    À bientôt,

    Simon

    P.S. Amazing pic of Saïdou there! Colleen and Silvia will be happy to see that their hat is traveling so much!

  2. Daniel says:

    First off, wow. Your writing, both in english and especially in french, is rich, descriptive, and interesting.

    Secondly, happy to see you are alive. I loved the “both ends of the digestive system” comment in your last post… brings back good memories!

    Thirdly, I would love to hear about your personal difficulties (c’mon, enough fluff, let us know what is really on your mind), about gender roles, and also about NGO leftovers.

    Keep up the good work my friend,

    Safe journey,

    Dan

  3. Wanda Jarjour-Giacobbi says:

    Very perspicacious! It’s one thing to read about something, quite another to live it–which is what we are doing through your very perceptive eyes, and the closest most of us will get to this very different culture.

    We would like to keep hearing/learning about the day-to-day life of the people. In spite of what we would deem extremely difficult conditions, they seem very welcoming, sharing whatever they have with relative strangers. Your hosts and host family seemed particularly generous to you despite having so little themselves. They seem a very hospitable people.

    Of course, I’m also always interested in education issues.

    Finally, we would like to keep hearing about how you approach bringing about the changes you hope to see/start during your time there.

    Keep on trying; it’s a wonderful and amazing read!

    .

  4. Bruno Marc-Aurèle says:

    Keep up the good work on that blog, your entries are really interesting to read! As for content suggestion, you pretty much mixed it all up from the start, so I’d say keep it like that: just go with the flow, it works for you.

    P.S. Ouais, je sais que c’est con de commenter en anglais sur ton billet en français, mais je suis comme Elvis Gratton: “j’écris en bilingue direct, ça va plus vite”.

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